1. TOPONYMIE

    Chute du portefeuille de l'un des premiers explorateurs, Marc VAUCHER, dans la cavité.

2. SITUATION - ACCES

Sault. Vaucluse.

Carte : Saint-Saturnin-d'Apt 3141 Est.
    X = 844,26    Y = 195,69    Z = 820 m

    1 km après le lavoir de Saint-Jean-de-Sault en direction de Sarraud (D230), au niveau d'un virage à gauche, prendre un chemin à droite. Quelques mètres avant la célèbre entrée de l'aven Jean Nouveau, prendre un chemin carrossable sur la gauche. Celui-ci rejoint peu après le fond de la combe au niveau d'un endroit dégagé. Continuer à pied en fond de vallon sur une centaine de mètres vers l'aval. L'aven s'ouvre sur le coté gauche, au pied d'une petite barre rocheuse.

3. DESCRIPTION

Dénivelé : -305 m.

Orifice : 1 m par 0,4 m.

Topographie : Groupe spéléo Bagnols Marcoule, 1992. Synthèse de P. PEREZ.

3.1. Ancien réseau
    Une suite de petits ressauts étroits (R2, R5, R6) donne au sommet d'un puits de 17 m, plus vaste, immédiatement suivi d'un puits de 6 m (-39 m). Là, deux possibilités : par un passage bas deux puits de 10 m, séparés par une étroiture aboutissent à un fond colmaté par l'argile ; par une escalade (E 5), on accède au sommet d'un puits de 18 m qui se prolonge, plus étroit, sur quelques mètres. Un boyau, totalement désobstrué, mène au dernier puits (5 m), encombré de blocs, point bas de l'ancien réseau (-60 m).

3.2. Nouveau réseau

De -55 m à -150 m
    A la base du puits de 18 m précédemment cité, une importante désobstruction en paroi a permis d'accéder à un puits parallèle très étroit de 14 m. A sa base, un méandre impénétrable a été ouvert sur plusieurs mètres jusqu'à un puits de 30 m. Ce puits n'est pas direct, il peut être décomposé en plusieurs ressauts, et va en s'élargissant. De nouveau, un passage surbaissé suivi d'un boyau en chicane nécessita de gros travaux d'élargissement. Lui fait suite un puits de 18 m qui se poursuit en  belle et haute diaclase, entrecoupée par un ressaut de 4 m. Un ultime boyau désobstrué crève le plafond d'un important volume. Un puits de 10 m suivi d'un puits de 17 m mène à une salle au sol chaotique (Salle des Confettis). Cet endroit marque la fin des étroitures (-150 m). Un passage voûté à l'extrémité de la salle débouche en balcon sur un vaste puits. 15 m plus bas un colmatage radical, à -170 m, marque la fin de cette première partie.

De -150 m à -210m :
    Du balcon précédent un passage en vire du coté gauche et une remontée de 10 m donne accès à une petite conduite forcée. Au bout de quelques mètres elle débouche dans une galerie plus importante horizontale et de section circulaire. L'amont butte sur un puits remontant, par où sont arrivés les premiers explorateurs (après avoir effectué une escalade de 30 m à partir de la salle des Confettis). L'aval de la galerie est rapidement colmaté, mais un heureux surcreusement autorise un nouveau cran de descente : un puits de 15 m et un puits de 5 m légèrement arrosés. Derrière une courte et étroite diaclase s'ouvre un beau puits de 23 m. A sa base un petit méandre sans courant d'air, suivi d'une dernière verticale, se termine sur un colmatage à la cote -210 m.

De l'Oeil des Boeufs à El Tubo :
    Une lucarne entrevue dans le puits de 23 m cachait la suite convoitée. A 6 m de la tête du puits, une alvéole d'où soufflait un léger courant d'air a été dégagée : une nouvelle conduite forcée fortement inclinée, entrecoupée de plusieurs ressauts, constitue un des passages remarquables de cette cavité, c'est la galerie des Clairs Obscurs. Le dernier redan de 9 m crève le plafond d'une galerie, de dimensions inhabituelles (4 m de diamètre) pour le plateau à cette profondeur. Ce tube constitue un nouveau réseau horizontal  (cote -225 m) ; à chaque extrémité le gouffre plonge plus bas, avec le réseau Nord et le réseau Sud.

Réseau Nord :
    La galerie longe un puits remontant de belles dimensions dont l'aval faiblement actif devient rapidement impénétrable. La galerie se termine dans une petite salle chaotique. La suite est au niveau du plancher, entre de gros blocs, sous la forme d'un puits de 13 m. A 4 m du fond, un  balcon donne accès à une galerie remontante puis à une grande salle sans continuation évidente. A 2 m du fond, une conduite forcée descendante amène à un réseau étroit parcouru par un petit actif rapidement impénétrable. A la base du puits de 13 m, une étroiture désobstruée, suivie d'un petit ressaut, donne au sommet d'un puits de 11 m. C'est  le point bas du réseau Nord, la suite étant obstruée par une trémie.

Réseau Sud :
    L'autre extrémité de la galerie (El Tubo) est colmatée par de l'argile. Latéralement, un puits plus récent et actif a percé la galerie. Un petit ressaut, suivi d'un court méandre désobstrué donne sur un puits de 10 m, immédiatement suivi par un magnifique puits de 25 m concrétionné ; le fond de celui-ci est constitué d'un amoncellement de blocs calcifiés entre lesquels on se faufile jusqu'au puits suivant de 12 m. On retombe à nouveau sur une galerie horizontale : au nord celle-ci butte sur un puits remontant, fermé quelques mètres plus haut ; au sud la suite est un boyau désobstrué où il faut ramper sur quelques mètres humides pour arriver sur un puits de 6m. Par un ressaut de 4 m on prend pieds dans la salle des Sapins d'Argile (s'avérant après vérifications, être des concrétions enduites d'argile). Cette salle (15 m par 10 m), aux parois tapissées par les limons de décantation, est très sombre. C'est un ancien lac, il n'en reste que quelques reliquats, insuffisamment alimentés par deux petites arrivées d'eau. A l'extrémité de la salle, un ressaut remontant de 2 m, ancien trop plein du lac permet d'accéder à une série de puits fossiles (P11 et P8). A la base du dernier puits, on retrouve l'eau perdue dans le plancher de la salle et que l'on peut suivre dans un méandre très étroit entrecoupé de trois petits ressauts (R2, R2, R1). Ce méandre peut être parcouru sur une vingtaine de mètres jusqu'à un ultime rétrécissement impénétrable. Nous sommes au point bas actuel de la cavité à la cote -305 m.

4. GEOLOGIE, FAUNE

    Comme son grand voisin Jean Nouveau, l'aven des Papiers présente un aspect déroutant pour ses explorateurs. En effet, il est issu de la juxtaposition d'anciens réseaux creusés en régime noyé, souvent horizontaux et sujet à de fréquents colmatages, et des réseaux plus récents à tendance verticale. C'est le passage continuel d'un type de réseau à l'autre, au gré des remplissages des conduits anciens et des passages trop étroits des réseaux jeunes, qui permet au spéléologues de pénétrer plus avant dans la cavité.
    La cavité se développe sur un axe unique de direction nord-sud, correspondant à une fracture majeure de la zone (notée sur la carte géologique), et rejoignant le réseau de l'aven Jean Nouveau. La proximité de ces deux cavités, ainsi que l'existence de niveaux anciens horizontaux de direction nord-sud font supposer une relation entre eux dans une phase ancienne de creusement. Pour les écoulements récents, à faible développement horizontal, les possibilités de jonction inter-réseaux sont faibles, si ce n'est à plus grande profondeur.
    On observe un remplissage important dans la salle de -150 m et au fond du puits de -170 m. Toute cette zone a été partiellement comblée (présence de talus de plusieurs mètres de haut). La position de la cavité en fond de vallon ne doit pas être étrangère à ce phénomène. On retrouve le même type de remplissage dans les cheminées du petit réseau de -210 m, ce qui laisse supposer une jonction entre ce point et la base du puits de -170 m.
    On remarquera aussi le matériel très hétérogène des parois du puits de 14 m à la cote -60 m. Le calcaire présente à cet endroit une sous structure constitué de petits blocs centimétriques à angles vifs pris dans la matrice calcaire. Le processus de formation serait une première phase de dépôts calcaires suivi d'un broyage (bord de falaise sous-marine, faille...), puis reprise de ce matériel dans une deuxième phase de dépôts calcaires pour former une brèche (selon A. COUTURAUD).

5. HYDROLOGIE, CLIMATOLOGIE

    On recoupe plusieurs petites circulations d'eau à l'intérieur de la cavité. Comme dans l'aven voisin de Jean Nouveau, la prééminence de la fracturation dans le creusement actuel et l'absence de couche imperméable ne permet pas de collecte des eaux, d'où de nombreux très petits actifs circulant dans des réseaux étroits. On peut seulement supposer, au vu de la topographie et des débits, que le petit actif suivi dans le puits de 23 m et le réseau de -210 m, forme une des arrivées d'eau de la salle des Sapins d'Argile.
    Le courant d'air qui parcourt la cavité et qui a servi de fil conducteur aux explorateurs  présente la particularité de souffler en plein hiver et également en été (alternatif en demi-saisons). Aucune explication  au phénomène n'a encore été trouvée. On remarque cette absence de logique des circulations d'air (mais à un degré moindre) dans l'aven de Jean Nouveau. Les quelques essais de corrélations des courants d'air des deux cavités n'ont pas donné de résultats probants.

    Température intérieure de 10,2°C pour une température extérieure de 29°C, et taux de CO2 de 0,25% relevés par le Groupe spéléo Bagnols Marcoule le 21 juillet 1991.

6. HISTORIQUE DES EXPLORATIONS

    L'aven est découvert et exploré jusqu'à la cote -60 m par l'Association vauclusienne des explorations nouvelles. Le Club alpin français d'Aix-en-Provence entreprend en 1981 une désobstruction au point bas du réseau parallèle et découvre un puits de 5 m. Durant la même période, et indépendamment, P. BEVENGUT membre du Groupe oraisonnais de recherche souterraine, M. PLANCHON et B. LE FALHER, membres du Groupe spéléologique de Carpentras, repèrent à la cote -55 m une des origines du courant d'air parcourant la cavité. En 1991, réunis au sein du  Groupe spéléo Bagnols Marcoule, B. LE FALHER et P. BEVENGUT font ressurgir le projet. De nouvelles analyses sont réalisées en juillet 91 (taux de CO2, température). La désobstruction de ce passage, véritable forage en pleine paroi, débute le 4 octobre 1991. Le 9 novembre suivant, un puits de 14 m est descendu. Au fond, une nouvelle désobstruction débouche le 11 avril 1992 sur un puits de 30 m (-90 m). L'élargissement d'une série d'étroitures permet de descendre un puits de 18 m et deux ressauts le 9 mai (-150 m). Le méandre qui suit est à son tour élargi et, le 24 mai, les explorateurs s'arrêtent à -170 m sur un remplissage. Il faudra un mois d'escalades diverses pour trouver une série de puits parallèles et une galerie. Le 4 juillet, la vire court-circuitant les escalades est équipée et la cavité est explorée jusqu'à -210 m. La suite est trouvée le 18 juillet à la cote -180 m, par un pendule dans un puits, où une désobstruction donne accès à la galerie des Clairs Obscurs. Le même jour, le réseau Nord est exploré (-250 m). Le 25 juillet débute l'exploration du réseau Sud jusqu'à -270 m. La semaine suivante, le méandre est forcé et la cavité est prolongée jusqu'à -300 m. Depuis, une désobstruction au fond et de nombreuses escalades n'ont pas permis de découvrir de prolongements notables.

7. BIBLIOGRAPHIE

- PENEZ A., 1970, p. 27.
- A.A., 1971, bull. de la SSA, n° 8, p. 26.
- PAREIN et LANGUILLE, 1981, p. 328.
- LABAT Serge, 1987, Le Jumard Déchaîné, n° 1, p. 11.
- BEVENGUT P., DEMARS G., LE FALHER B., ROUARD M., SANNA J., 1994, bull. du GSBM, n° 15, p. 31-51.

Rédacteurs : BLF, GSD, MR.