Liste par Commune
Perte de la Nesque
- Détails
- Écrit par Adrien Gaubert
Du nom de la rivière, en aval de Monieux.
2. SITUATION - ACCES
Monieux. Vaucluse.
Carte : Saint-Saturnin-d'Apt 3141 Est
X = 839,47 Y = 199,23 Z = 480 m
Les pertes de la Nesque sont diffuses tout au long des gorges et le point d'enfouissement terminal est fonction du débit de la rivière. STEINMETZ, situe le point ultime de la circulation aérienne de la Nesque sous le hameau de Fayol à près de 8 km du début des gorges (procès verbal de traçages réalisés le 1er mai 1974 dans l'aven du Château et dans les pertes de la Nesque, p. 3). On notera cependant que les pertes les plus importantes se trouvent entre le gour des Trois Raies (situé au droit du belvédère de la D942 à 3,5 km de Monieux) et quelques centaines de mètres en aval du rocher du Cire. Les coordonnées indiquées sont celles des pertes visualisées au printemps 1993, la retenue d'eau de Monieux étant ouverte et le débit estimé à 100 l/s. Curieusement, dans nombre d'ouvrages précédents, les coordonnées indiquées sont celles des points d'injection du colorant dans le ruisseau aérien ( COUTURAUD A. et PUIG J.-M., 1992, p. 34-35) où du début des gorges à Monieux (fiche BRGM).
3. DESCRIPTION
La Nesque, rivière issue du bassin de Sault, circule à l'aval dans des gorges où elle ne tarde pas à s'enfouir. Il n'y a pas de points d'enfouissement caractéristiques, mais on constate une baisse régulière du débit au fur et à mesure de la progression dans les gorges. On notera cependant que la rivière coule sur un socle calcaire compact dans sa première partie jusqu'au gour des Trois Raies puis sur un lit de cailloux plus ou moins calcifié après. Il se pourrait qu'une partie des pertes suspectées dans cette dernière zone, ne soient que des sous-écoulements dans les blocs et les éboulis.
4. GEOLOGIE
La Nesque offre la particularité de n'avoir jamais été spécifiquement étudiée (bien qu'étant un élément capital dans les circulations hydriques passées du plateau) et pose plus de questions qu'elle n'en résout : " Pour quelles obscures raisons ses eaux ont elles délaissé la solution de l'enfouissement souterrain (si ce n'est très récemment) pour un travail d'érosion extérieure considérable ? Pour quelles obscures raisons présente-t-elle un profil régulier sur toute sa longueur, sans les habituels décrochements des canyons ? Pour quelles obscures raisons cette érosion s'est elle brusquement arrêtée, laissant une vallée perchée sans pour cela avoir atteint un quelconque niveau de base ? Se pourrait-il que son creusement ait été lié à la zone noyée (en particulier à son abaissement progressif) [...]. On peut s'étonner également que ce gigantesque coup de sabre est-ouest entaillant le plateau sur une telle profondeur ne recoupe aucun conduit fossile, en particulier sur sa rive gauche. Est-ce par insuffisance des prospections et des découvertes ? Est-ce par dissimulation sous les éboulis qui la parsèment ? Ou est-ce le fait de circuler parallèlement à ces collecteurs, et d'avoir été elle même un de ces collecteurs ?..." (LE FALHER B., 1992)
Une étude comparative de la chronologie du creusement de cette vallée et des réseaux souterrains, en particulier des anciens réseaux noyés (cf. fontaine de Vaucluse, 5.2.), pourrait sans doute lever ces interrogations.
5. HYDROLOGIE, CLIMATOLOGIE
Les pertes furent l'objet de deux colorations. La première en 1963 fut positive avec une sortie du colorant à la Fontaine au bout de 34 jours. La deuxième en 1974 fut négative. On incrimina le traceur utilisé (rhodamine B) ou une sortie du colorant avant le début de la surveillance, commencée curieusement 6 jours après l'injection (cf. PUIG, 1990, Les cavernes d'Albion, p. 28-30). Cette deuxième explication paraît peu vraisemblable car elle impliquerait un transit et une restitution complète très rapide pour la totalité du colorant.
Les conditions hydrologiques et par conséquent le lieu d'enfouissement principal de la rivière sont peut-être des éléments prépondérants à la non reproduction du phénomène. En effet R. JEAN (1982, p. 35) signale lors de la première coloration (réalisée sur 6 jours) un débit de la Nesque en régression importante : "mercredi 10 juillet : [...] Le volume des eaux avait diminué ! Nous fûmes obligés de déverser la fluorescéine juste au pont, à l'entrée des gorges, soit 500 m en amont du point habituel". Cette seule indication permet de penser que la majeure partie des pertes se sont faites entre l'entrée des gorges et le rocher du Cire. Lors de la deuxième coloration le débit de la Nesque semble en crue, et ce, pendant toute l'opération d'injection du colorant réalisée en une seule fois. Le point d'enfouissement principal des eaux a ainsi pu avoir lieu beaucoup plus bas dans les gorges. On ne serait donc pas en face de deux colorations identiques et comparables mais de deux colorations qui diffèrent du point de vue des débits mis en jeu et du point d'injection réel. Le point d'enfouissement des eaux est un élément primordial lorsque l'on sait l'importance de la fracturation dans les écoulements souterrains et la complexité de la fracturation de la zone considérée.
NB : Une autre coloration fut réalisée le 19 mai 1989, à l'aval des gorges (cf. perte de Méthamis). Elle fut, elle aussi, négative.
7. BIBLIOGRAPHIE
- MARTEL E. -A., 1928, p. 128-130, 142-143.
- PENEZ A., 1970, p. 26.
- NICOD J., 1976, C.E.G.E.R.M. vol. V, p. 15-20.
- PAREIN R. et LANGUILLE A., 1981, p. 325-326.
- JEAN R., 1982, p. 22-40, 52-54.
- PUIG J.-M, 1990, in GAUBERT G. et LE FALHER B., Les cavernes d'Albion, p. 28-30.
- LE FALHER B., 1992, bull. du GSBM, n° 14 , p. 65-78.
- COUTURAUD A. et PUIG J.-M., 1992, Karstologia, n° 20, p. 23-36.
Rédacteur : BLF.
